- Concert review in the "Luxemburger Wort", November 2008 (in French)

Festival d’Orgue de Dudelange
Hommage à la tradition française du 20me siècle

par Marc Heyart

Le dernier récital d’orgue au festival de Dudelange 2008 fut joué par Stephen Tharp, éminent organiste des USA, pour qui ce fut le 1301e concert de sa carrière ! La soirée fut également l’occasion pour l’organiste de présenter son triple CD avec l’intégrale de l’œuvre de Jeanne Demessieux, enregistré en technique surround. Cette technique est plutôt rarement utilisée dans le répertoire de la musique d’orgue, mais ajoute une dimension spatiale absolument fabuleuse, évoquant les volumes des grandes églises. Notons que les CD ont été enregistrés au Cavaillé-Coll de la Salle Pleyel de Paris, au mythique instrument de Saint-Ouen de Rouen ainsi qu’à l’orgue de Dudelange !

Spécialiste de la musique du 20e siècle, la soirée fut dédiée à Jeanne Demessieux, l’une des élèves les plus virtuoses de Marcel Dupré, à Marcel Dupré lui-même, Jean Langlais et Naji Hakim. Ouverture solennelle avec le Te Deum de Demessieux, dans une lecture précise, un peu rigide et lente mais adaptée à l’ample acoustique de la nef. Dans 5 extraits des 12 Chorals-Préludes par contre, la tendresse de l’écriture et le charme des lignes grégoriennes s’expriment à travers les magnifiques jeux de l’orgue Stahlhuth- Jann. D’une écriture plus abordable et de dimensions plus modestes que le Te Deum, ces pièces dédiées principalement au culte sont toutefois mises en valeur par une adaptation des couleurs aux possibilités énormes de l’orgue de Dudelange.

Dans une adaptation par J. Demessieux pour orgue, Stephen Tharp présente une vision poignante des « Funérailles » de Franz Liszt, traduisant dans des couleurs expressives ce langage extrêmement parlant, typique du compositeur, alternant l’ambiance sombre du champ de bataille et de la mort, la marche funèbre, le chant héroïque, les couleurs de l’espoir pour ne pas dire l’évocation de la rédemption, et le retour vers des perspectives plus sombres. L’organiste, bien plus qu’un simple serviteur du message musical, en transcende les émotions, une superbe réussite !

Loin des images du romantisme, voici la construction architecturale par excellence, pour le plaisir intellectuel, le jeu avec le contrepoint et toutes ses possibilités dans le Prélude et (double) Fugue en la bémol majeur de Marcel Dupré. Clarté des lignes grâce à des registrations élaborées, rigueur et précision, du très beau Dupré ! Comme dans le Te Deum initial, un rien de pétillant aurait encore rendu le tout plus vivant.

Revenant au calme, Stephen Tharp baigne l’extrait « Ave Maria, Ave Maris Stella » des Trois Paraphrases Grégoriennes de Jean Langlais dans une ambiance de prière introspective avant de se lancer dans « Hommage à Stravinsky » de Naji Hakim. Écrite en 1987, cette pièce en 3 mouvements - Prélude, Danse, Final - combine la nécessité rythmique caractérisant le langage de Hakim avec une construction dense, richement contrastée et intéressante, évoquant par endroit Stravinsky, mais rappelant aussi Duruflé, notamment l’énergie furieuse de sa Toccata. Du Hakim de haut niveau dans une interprétation virtuose et captivante !